0 euro, 700 euros, 1 200 euros… Ici, les chiffres n’obéissent à aucune grille salariale classique. Les sœurs de bonne, comme la grande majorité des religieux, ne touchent pas de salaire fixe, à rebours des habitudes du monde du travail. Les vœux de pauvreté dessinent les contours d’une économie singulière : tout ce qui entre reste au service du collectif, jamais du compte en banque personnel.
Dans certains monastères, une petite allocation ou un pécule ponctuel peut être accordé, mais il n’existe aucune règle générale. Le montant, souvent modeste, varie d’une congrégation à l’autre et dépend du mode de vie adopté. Quant aux pensions de retraite, elles sont loin d’être uniformes : tout repose sur le parcours professionnel antérieur de chaque sœur et sur les accords établis avec les organismes sociaux concernés.
Qui sont les membres du clergé et des ordres religieux en France ?
La diversité de la vie religieuse en France se révèle dans la pluralité des engagements au sein de l’Église catholique. Prêtres, religieuses, frères, moines et moniales apportent chacun leur présence et leur énergie à des missions distinctes. Les prêtres, figures familières des paroisses, sont chargés des sacrements, de l’accompagnement pastoral et de l’animation des communautés. À la tête de chaque diocèse, les évêques coordonnent et guident la vie catholique locale et nationale, notamment à travers la conférence des évêques.
En parallèle, une multitude de sœurs et de frères œuvrent dans l’ombre. Les religieuses investissent les domaines de l’éducation, du soin et du social, là où le besoin se fait sentir. Les frères, qu’ils soient apostoliques ou contemplatifs, partagent leur temps entre prière, action et vie communautaire, parfois dans un retrait volontaire du monde extérieur. Les moines et moniales choisissent la rigueur du cloître, ponctuant leurs journées de travail manuel et de prière, fidèles à la tradition de saint Benoît ou de saint François.
Pour mieux saisir la variété des rôles, voici comment se répartissent les missions :
- Prêtres : impliqués dans la vie paroissiale, ils célèbrent les sacrements et assurent une présence pastorale constante.
- Religieuses : investies dans l’enseignement, les soins et la vie en communauté, elles incarnent la proximité et le service.
- Frères : partagés entre engagement social et vie monastique, ils s’inscrivent dans une dynamique de prière ou d’action.
- Évêques : responsables de la gouvernance des diocèses et de la représentation de l’Église au niveau national.
La communauté religieuse se distingue du clergé diocésain par la prise de vœux (pauvreté, chasteté, obéissance) et une organisation fondée sur la vie collective. En France, ces milliers de femmes et d’hommes forment un maillage discret, mais présent, au service des autres et de l’Église.
Revenus et indemnités : comment sont financés prêtres, sœurs et moines au quotidien
Oubliez l’idée de la fiche de paie. La question des revenus au sein des ordres religieux relève d’un fonctionnement collectif et d’une sobriété assumée. Les prêtres diocésains perçoivent une indemnité mensuelle, généralement comprise entre 900 et 1 200 euros nets, selon leur diocèse d’affectation. Cette somme provient avant tout du denier de l’église, alimenté par la générosité des fidèles, complétée parfois par les honoraires de messes ou les offrandes liées aux cérémonies.
Dans les communautés religieuses, le principe est tout autre. La vie se déroule en collectivité, et les besoins matériels sont mutualisés : logement, repas, santé, tout est géré par la communauté. Les ressources proviennent des dons faits à la congrégation, d’activités au sein d’écoles, d’établissements de santé ou de maisons de retraite, ou encore du soutien du diocèse. Les membres ne disposent pas de revenu individuel distinct de celui de leur communauté.
La gestion des dépenses personnelles est réduite au minimum, en cohérence avec le vœu de pauvreté. La plupart des besoins sont couverts collectivement. Parfois, une petite somme de poche, entre 50 et 150 euros par mois, est attribuée à chaque membre, selon les possibilités de la congrégation. L’Église catholique privilégie ainsi une logique de gestion partagée, en rupture avec les modèles de rémunération individuelle.
La question des pensions et de la retraite : quelles perspectives financières après une vie religieuse ?
Après une vie rythmée par le service et la prière, vient le temps de la retraite. Depuis 1978, grâce à la CAVIMAC (caisse d’assurance vieillesse, invalidité et maladie des cultes), les membres du clergé et des ordres religieux bénéficient d’une couverture sociale spécifique. Ce système garantit une protection, proche de celle de la sécurité sociale, mais les montants alloués restent modestes.
En moyenne, la pension d’un religieux retraité s’établit entre 700 et 800 euros par mois, un niveau en deçà du SMIC pour beaucoup. Le montant dépend du nombre de trimestres validés, du statut (prêtre diocésain, religieux, religieuse) et des cotisations versées tout au long de la vie active à la CAVIMAC par la congrégation ou le diocèse. Lorsqu’une pension ne suffit pas, la communauté prend le relais : hébergement, soins, accompagnement sont souvent assurés collectivement, atténuant la faiblesse des ressources individuelles.
Pour les sœurs de bonne et les moines âgés, accéder aux droits issus de l’assurance vieillesse, invalidité et maladie relève d’un équilibre précaire. La dépendance au système de caisse des cultes structure tout le parcours de fin de vie ; beaucoup vivent avec des ressources inférieures à la moyenne nationale, mais la solidarité interne vient compenser ce manque.
Entre solidarité et sobriété : la réalité économique du clergé aujourd’hui
Dans la vie des communautés religieuses, la solidarité n’est pas un mot creux : elle s’exerce concrètement chaque jour, jusque dans la gestion du moindre euro. Le vœu de pauvreté s’incarne dans une frugalité assumée, où chaque membre vit avec le strict nécessaire. Hébergement, repas, soins : tout est assuré par la communauté, qui mutualise ses ressources et redistribue les dons reçus.
La vie religieuse écarte les logiques individualistes ; chacun remet ses revenus à la congrégation, conformément à la règle de saint Benoît ou à d’autres textes fondateurs. Les ressources alimentent une caisse commune : denier de l’église, dons, indemnités, et parfois le fruit d’activités professionnelles restent au service de tous. Cette organisation collective permet de prendre soin des plus fragiles, en particulier des anciens ou des malades.
Trois principes structurent le quotidien des ordres religieux :
- Vœu de pauvreté : tout bien personnel est abandonné au profit de la communauté.
- Solidarité communautaire : la prise en charge des besoins matériels (santé, logement, alimentation) est assurée par le collectif.
- Soutien intergénérationnel : les plus jeunes épaulent les anciens, garantissant une circulation solidaire des ressources.
Dans cette économie silencieuse, la richesse se mesure en liens tissés et en responsabilités partagées, bien loin des standards de la société marchande. Ici, le compte bancaire ne fait pas la valeur d’une vie, mais la capacité à se mettre au service des autres, jusqu’au dernier jour.


